Prix Patrimoine- Artisanat
L’homme orchestre de la restauration
Alain de Lavalade fait partie de la génération nouveaux restaurateurs des années soixante-dix.
Son parcours professionnel est exemplaire non seulement dans son excellence mais aussi par son ampleur.
Cet ancien de l’école Boulle en ébénisterie – l’enseignement de la marqueterie n’existant pas à l’époque, il a dû l’apprendre tout seul – y a poursuivi des études supérieures d’architecte d’intérieur avant d’être engagé chez les décorateurs Aaron-Demachy, pour lesquels il a travaillé dans le monde entier.
Passionné de bateau, il effectue son service militaire dans la Marine et acquiert son brevet de charpentier de marine.
Ne croyez pas que ce fait soit hors sujet car Alain de Lavalade a ouvert la création d’un nouveau département de son atelier consacré à la restauration de bateaux à moteur de construction traditionnelle de qualité, type racer.
Nul doute que cet état ait compté dans l’attribution du prix Patrimoine- Artisanat, doté par le secrétariat d’Etat, qui lui a été remis le 5 novembre au Salon du Patrimoine. Mais ses activités de restaurateur en meubles anciens depuis trente ans pour les musées nationaux et divers collectionneurs privés au niveau international ont dû également peser dans la balance.
Spécialiste des meubles XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles notamment en marqueterie, il prend plaisir à montrer la photo de cette table Boulle réalisée pour Louis XIV ou ce bureau Mazarin dans l’esprit de la Commedia dell’arte : 1000 heures de travail pour la table qui n’est pas dans un musée mais chez un collectionneur dont il est l’expert et le restaurateur attitré.
Sur son stand au Salon du Patrimoine, deux pièces retenaient l’attention : un merveilleux Secrétaire de dame, estampillé RVLC, (il en existe deux au monde, l’autre est au Petit Palais) à Paris.
Etonnant petit meuble tout décoré de marqueterie et qui comprend à l’intérieur l’évocation d’un petit théâtre avec un rideau de scène coulissant.
Cet homme à facettes est aussi un créateur ! Un coffret à cigares témoigne de ses talents. D’une facture relativement classique à l’extérieur avec sa marqueterie en carrés, il révèle la surprise, une fois ouvert, de deux ravissants tableaux où la marqueterie évoque de façon abstraite les rythmes d’une forêt.
Ne croyez pas que l’homme soit imbu. Il a appris la restauration tout seul (doté cependant de sa connaissance des styles grâce à sa formation et son activité précédente) en commençant avec des meubles ordinaires. « Si j’avais eu un maître » dit-il « j’aurai gagné dix ans ». On est comme cela dans les métiers d’art !
A Brouzes, les Baillon.
Prix Point de Vue Châtelains d’aujourd’hui
La rédaction de Point de vue encourage des propriétaires privés dans leur engagement au service d’une conservation et d’une restauration, faîtes à leurs frais alors que ces travaux sont à la fois indisponibles et fort coûteux. Le prix d’une valeur de 100 000 F a été remis cette année à nos amis artistes Elizabeth et Claude Baillon pour l’admirable restauration, qu’ils ont menée seuls au début, de leur manoir fortifié du XVe siècle : Brouzes du Larzac avec sa végétation rase comme un jardin de broderies ; un paysage qui a sûrement contribué à l’inspiration d’Elizabeth, peintre et brodeur. Claude lui est maître-verrier.
Le manoir acheté en 1970 a été classé en totalité Monuments Historique en 1990. C’est dire sa qualité architecturale ! Brouzes était abandonné depuis 50 ans et livré aux pillards.
La restauration s’est faite en trois temps. Tout d’abord, restaurer la toiture, aménager un lieu d’habitation et inscrire le lieu à l’Inventaire des Monuments Historiques. Restaurer les trois salles voûtées ensuite, pour ouvrir Brouzes au public avec des expositions d’œuvres contemporaines, magnifiquement mises en valeur par l’architecture du bâtiment.
Aujourd’hui, une seconde partie habitable propose au travers de gîtes ruraux une location originale et confortable. Mais toute la charpente doit être restaurée et pour cela il fallait une aide financière. En voici une partie, bien nécessaire à des artistes qui ont par ailleurs beaucoup contribué en son temps, à éviter que le Larzac devienne une zone militaire.
Les Prix Vieilles Maisons Françaises ont été remis lors du Salon du Patrimoine.
Le Premier Prix récompensant un livre contribuant à la défense et au rayonnement du patrimoine architectural français a été attribué à Bernard Valade pour son ouvrage Paris dans la nouvelle collection l’Art et les Grandes Cités aux éditions Citadelles et Mazenod (voir CMA 172 p.21).
Une mention spéciale du jury est allée à Jean- Pierre Lyonnet et Christine Desmoulin auteurs de Villas modernes-banlieue ouest, 1900-1939, publié aux éditions Alternatives.
Télécharger le CV
|